Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Semaine du 5 avril 2020

« Hosanna Fils de David! »... et puis : « Crucifie-le! »

Textes liturgiques de la Semaine Sainte :
Jésus demande aux Apôtres de le précéder à Jérusalem pour préparer la salle et le repas de Pâques qu'Il prendra avec eux.

Bien sûr, la nouvelle de la visite de Jésus se répand dans tout Jérusalem comme une véritable traînée de poudre et tous se dépêchent pour venir l'accueillir et déposer, sur son passage, de grands rameaux « Hosanna! Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » On reconnaît bien en Jésus un envoyé de Dieu par ses paroles et ses actions : il a guéri tant de malades, il a annoncé le Royaume de Dieu, la bonté et la miséricorde de Son Père envers tout un chacun.

Jésus se rend maintenant rejoindre les Apôtres à la salle où se tiendra le repas pascal, selon la prescription de Moïse. Sauf que là, c'est à une Pâque bien différente que les Apôtres prendront part. Déjà, Jésus les avaient informé de Sa mission, du fait qu'il devait mourir et remonter ensuite vers le Père pour que soit accompli le plan du salut de Dieu. Les Évangiles nous présentent cette mission unique alors que Jésus, à la fin du repas, s'adresse à ses disciples. Ces paroles nous sont familières puisque le prêtre les prononce au moment de la consécration et il convient ici de les citer et de les méditer d'une manière toute particulière :

« La nuit même où il fut livré, Il [Jésus] prit le pain, il rendît grâce, le bénit, le rompît et le donna à ses disciples en disant : 'Prenez et mangez-en tous car ceci est mon Corps livré pour vous'. De même, à la fin du repas, il prît la coupe. De nouveau il rendit grâce et la donna à ses disciples en disant : 'Prenez et buvez-en tous car ceci est mon Sang, le Sang de l'Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi'. »

Nous avons ici, dans l'Évangile, un paradoxe très intéressant. Au départ, voici une grande foule qui se déplace pour venir à la rencontre de Jésus et l'acclamer en portant des rameaux qu'ils déposent au fur et à mesure de son passage. Cette foule est en liesse et en action de grâce pour tout ce que Jésus a fait pour eux. Le repas qu'il partage, par la suite avec les Apôtres constitue une transition très importante — car Jésus sait que le moment est venu. Ces paroles que nous venons tout juste de lire sont une véritable charnière entre tout ce que Jésus a accompli jusqu'à maintenant et ce qu'il s'apprête maintenant en vivre.

Plus tard, au jardin de Gethsémani, Jésus est en prière, éloigné de quelques pas des Apôtres à qui Il avait demandé de l'accompagner. Jésus livre une terrible bataille intérieure, partagé entre l'appréhension humaine de ce qu'il va très bientôt vivre : « Père, si tu le peux, éloigne cette coupe de moi... ». Mais tout à la fois, Jésus a bien conscience de la singulière mission qu'Il doit mener pour accomplir la volonté du Père : « Pardonne-moi Père, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux! »

Plus après, nous prenons connaissance du récit qui débute par l'arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani jusqu'à sa comparution devant le Sanhédrin. Voici maintenant le paradoxe. Lorsque Ponce Pilate demande à la foule assemblée lequel des prisonniers il doit relâcher, la foule scande : « Barrabas! ». Lorsqu'il demande à la foule ce qu'elle souhaite faire de Jésus, la foule lui crie : « Crucifie-le! » Bon, bien sûr, il y avait parmi la foule des meneurs qui encourageaient la foule à répondre ainsi. Voilà que cette foule qui acclamait Jésus quelques heures plus tôt demande maintenant sa crucifixion.

La question se pose maintenant : Si nous avions été parmi la foule, aurions-nous agi de manière différente? Aurions-nous tenté de sauver Jésus de la crucifixion à laquelle il faisait maintenant face? Probablement pas... Après tout, Jésus s'est proclamé comme étant le Fils de Dieu. Que nous dit la Loi de Moïse? Personne ne peut se prétendre être Dieu! De plus, les juifs priaient le Seigneur de les délivrer de la main des Romains, ayant en mémoire la délivrance de l'esclavage d'Égypte, d'autant plus que le repas pascal que tous venaient de prendre visait justement à commémorer la fuite d'Égypte. Israël s'attendait donc à ce que les juifs soient libérés du joug des Romains de la même manière que Dieu l'avait fait précédemment. Mais voilà Jésus qui prétend être le Fils de Dieu et qui n'a rien fait pour favoriser cette libération du joug des Romains. Alors oui, « crucifie-le! »

C'est ici qu'on trouve tout le sens des paroles de Dieu : « vos voies ne sont pas mes voies et vos pensées ne sont pas mes pensées » Dieu n'a pas ici pour dessein de libérer les juifs de l'oppression Romaine mais bien de libérer son peuple du pire esclavage qui puisse être : le péché qui conduit à la mort. Paul dira dans sa lettre aux Romains : « Car tous ont péché et son privés de la gloire de Dieu. Mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ. » Donc, voilà toute la mission de Jésus : par Son Précieux Sang versé sur la croix, par Sa mort et Sa résurrection, l'humanité peut être rétablie dans la sainte Alliance de Dieu.

Un signe tangible nous est donné — et non des moindres — du désir du rapprochement de Dieu avec Son peuple. Nous savons que le Temple comporte alors trois parties distinctes : le parvis où se réunissent les fidèles venus présenter leurs sacrifices, le Lieu saint où pénètrent les prêtres pour présenter les prières du peuple et le Lieu très saint où réside Dieu, les tables de la Loi et où le grand prêtre entre une fois par année.

Les Évangiles nous disent que, lorsque Jésus expire sur la croix, un violent coup de tonnerre se fait entendre et le rideau du Temple qui sépare le Lieu saint du Lieu très saint se déchire du haut vers le bas. C'est un symbole très puissant : Dieu devient accessible pour Sa création. Cela se traduit aujourd'hui dans nos Églises partout à travers le monde : la nef où les fidèles s'assemblent et le chœur où Jésus s'offre à nous sous la forme du pain et du vin consacrés.

Quel amour incroyable de Dieu envers Sa création! Sa profondeur demeure, en grande partie, incompréhensible par notre intelligence humaine mais, par notre foi et la grâce de l'Esprit Saint, nous parvenons à en découvrir différentes facettes au fur et à mesure de notre croissance dans la foi et sur le chemin sur lequel Jésus Lui-même nous guide!

Texte de Jacques Fréchette, responsable des publications
Proposé par l'Abbé Jean-Louis Nvougbia, prêtre-curé
Paroisse Sainte-Famille de Bordeaux-Cartierville